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Échange avec...

Jean-Pierre Lenski
Collectionneur de fers à repasser
Pour l’association « Patrimoine Histoire et Étude du Repassage »

Quel est l’élément déclencheur de cette passion pour les fers ?

Dans mon parcours professionnel, j’ai été amené à tenir les responsabilités de chef de travaux dans un établissement technique où il y avait différents départements, dont un département couture. Il y avait 200 filles qui apprenaient la couture professionnelle. Un jour, en septembre 1981-1982, mon patron m’indique qu’il faut que je prévois en juin une exposition sur les fers à repasser, puisqu’il y avait une section couture. Ainsi, j’ai sollicité les professeurs, mais elles ne connaissaient que les fers à repasser de vapeur industriels parce que c’était leur domaine de formation. C’est pourquoi j’ai du faire des recherches sur ce domaine qu’est le fer à repasser. Je me suis mis à faire les brocantes où les vendeurs savaient juste me dire «regardez, ce fer à repasser est très ancien» ; sauf que je recherchais un peu plus que de mettre une affiche «regardez, ce fer est vieux».

Je devais donc apporter plus d’éléments dans le cadre de l’exposition, c’est-à-dire, des dates, des faits historiques et des informations sur l’utilisation de l’objet. De fil en aiguille, au bout de trois mois, j’ai rencontré un certain Monsieur Bayart à Roubaix, qui était un industriel du textile. Il avait donné à ses représentants comme mission de ramener des commandes mais aussi de ramener des fers et la documentation qu’ils pouvaient trouver dans le pays dans lequel ils étaient. Par le biais de ses représentants, il avait installé chez lui dans son garage des milliers de fers qu’il avait classés chronologiquement.

« Je lui avais à peine serré la
main que je savais de suite
qu’il m’avait transmis le
virus de la passion des fers
à repasser »

Il m’a commenté pendant deux heures de A à Z tous ce qu’il avait. Il m’a indiqué qu’il pouvait, sous condition d’une convention, prêter des fers ainsi que de la documentation à l’établissement pour qui je travaillais. J’étais tombé sur une personne passionnée qui nous a permis de faire à l’époque l’une des premières expositions sur le fer à repasser. En revenant de ce rendez-vous, je me suis arrêté à une brocante, j’ai acheté un fer, puis un deuxième, puis un troisième... C’est ainsi que je suis devenu collectionneur de fers à repasser. Je me suis passionné ainsi que mon épouse pour l’objet. Nous n’avons pas cherché à en avoir des quantités et des quantités, mais à chaque fois que j’achetais un fer, j’essayais de savoir le «quand», le «pourquoi», le «où»... Tout connaître de cet objet. Je continuais à avoir des contacts réguliers avec monsieur Bayart, avec qui nous sommes devenus amis par la suite. Ma collection s’agrandissait, cela nous a permis d’avoir des contacts etc. Quand il a eu des problèmes de santé, il m’a demandé de continuer à faire vivre ces objets, c’est-à-dire de ne pas les laisser enfermés dans des cartons ou immobiles sur des étagères. Après sa mort, il nous a légué toute sa collection, je me suis engagé à faire vivre ces objets et je continue de tenir ma promesse depuis trente ans. C’est à ce moment là que l’on a créé l’association PHER (Patrimoine, Histoire et Étude du Repassage). Il y a 20 000 documents d’archives, des ouvrages et des diapositives qu’il nous a transmis. Nous n’avons jamais dissocié les objets et les documents d’archives car nous pensons qu’il est important d’avoir les documents pour profiter pleinement de l’objet.

Lorsque monsieur Bayart vous a présenté cette collection, qu’est ce qui vous a plu dans les fers qu’il possédait ?

Je me suis trouvé devant une personne dynamique, agréable et passionnée ; et il m’a expliqué ces beaux objets. C’est cela qui a fait que j’ai trouvé que cet objet avait une histoire. Si je connaissais l’évolution des timbres, des cartes postales ou d’autres domaines, s’il en est un que je ne m’attendais pas à découvrir, c’était celui là. Tout de suite, j’ai aimé les fers qui dans un certain contexte deviennent des oeuvres d’art.

Donc c’est un objet que vous considérez comme une oeuvre d’art ?

Quand on voit les fers qui étaient réalisés au XVIIe par le forgeron, manuellement, l’homme créait des choses merveilleuses.

Vous nous avez un peu parlé de l’association PHER. Est-il possible de nous en dire plus ? Quels sont ses objectifs, ses moyens d’action, qui sont les membres qui la composent ?

Bizarrement, j’ai développé ma passion sur mon secteur et dans les villages environnants car il y avait aussi des gens qui étaient passionnés par ces objets. On a vite créé des liens entres nous, on a partagé nos connaissances. C’est ainsi qu’est venue l'idée de la création de l’association. Des expositions ont été organisées dans les villes et villages environnants : nous présentions les fers et leur histoire auprès des visiteurs. Ces visites ont toujours été appréciées car ce domaine est méconnu, de fait, il intrigue. A noter que nous sommes revenus plusieurs fois avec les prix de la ville pour notre dynamisme. Nous avons eu des articles dans les journaux, puis France 3 Nord-Pas-de-Calais s’y est aussi intéressé. Cela s’est développé régulièrement, nous sommes même passés sur M6 ainsi que TF1 avec Jean-Pierre Pernaut dans le cadre d’une semaine de reportages sur les collectionneurs. Petit-à-petit, nous avons eu des échanges avec le monde entier, nous avons créé notre site internet. Actuellement, l’association est composée de 200 membres, implantés un peu partout (en Israël, en Bretagne, en Allemagne, en Suisse...). Par la suite, nous avons diffusé un bulletin d’informations, très modeste au début mais qui s’est transformé pour devenir quelque chose de facile à lire, agréable, en couleur (je dis en couleur parce qu’il y a une véritable évolution !). Nous adressons 3 bulletins de 50 pages chacun tous les ans à nos membres qui nous sollicitent et qui nous envoient aussi leurs dernières trouvailles et informations. C’est donc un bulletin vivant, d’informations et d’échanges.

De quoi est composé ce bulletin d’information ?

Ils reprennent dans la majorité du contenu de leurs pages des informations sur tout type de fers,revue pher c’est-à-dire des fers à repasser les tapis de billard aux fers à défroisser les cravates. La variété est large ! Par le biais de recherches, nous évoluons toujours, par exemple, il y a deux-trois mois, je suis allé faire une petite conférence à des personnes du troisième âge à Valenciennes. Certaines viennent discuter à la fin des conférences et cette fois-ci, une dame est venue me demander si je recherchais toujours des fers. Je lui ai dit que bien évidemment, j’aimerais avoir des fers de chapeliers et d’autres fers utilisés par les Amish aux États-Unis. Par un concours de circonstances, elle m’a dit qu’elle avait une amie qui habitait tout près du site où se trouvent les Amish et qu’elle allait la solliciter pour voir s’il était possible d’en acquérir un. Cette dame a pu se procurer un fer utilisé par cette population, qui était neuf, encore dans son emballage. C’est ainsi que j’ai pu obtenir cette petite merveille ! Cet élément a pris place dans le bulletin avec des informations sur la vie des Amish, pour être plus complet.

L’association propose-t-elle quelques activités pour les scolaires ?

Nous sommes sollicités par certains enseignants pour présenter des éléments techniques et historiques sur les fers à repasser. On a toujours un contact avec l’instituteur en amont pour prendre connaissance de sa demande et coller au maximum avec le programme de l’éducation nationale. Un exemple : une école dont l’enseignante travaillait sur l’Égypte avec sa classe m’a demandé si j’avais des fers égyptiens. Étant donné que j’en possède, nous avons travaillé ensemble pour expliquer aux élèves l’utilisation des fers en Égypte. Avec une autre classe, on a proposé des exercices pratiques ; c’est-à-dire qu’on leur a donné des carrés de tissus imprimés du nom de l'association et on a demandé aux élèves de les repasser et après pliages, faire en sorte qu’un certain motif se retrouve sur le dernier carré en partie supérieure, ce qui n’est pas toujours évident d’ailleurs...

Lors de notre premier échange téléphonique, vous nous aviez expliqué que des personnes qui visitaient votre collection sortaient avec un tout autre avis à propos du faire. Vous pouvez nous expliquer ce qui a marqué les personnes en sortant de cette collection ?

Tout d’abord, je présente l’histoire chronologique du fer à repasser. On propose en exposition environ 100 fers à repasser caractéristiques de l’histoire générale de cet objet pour en expliquer leur évolution. Très souvent, les hommes s’intéressent peu à cela, cependant, dès que j’aborde les éléments techniques, je ressens un intérêt. D’ailleurs, ils sont souvent les derniers à sortir ! Il y a un intérêt parce que les gens que l’on reçoit ne connaissent que les fers à partir des années 40/60, mais ce qu’il y a avant, avec les fers à repasser particuliers comme les fers pour les tapis de billard, les gens vous regardent surpris ! On ne présente pas que l’objet du fer à repasser le tapis de billard, mais on connaît l’histoire du jeu de billard (pourquoi le tapis est vert, etc...).

Et par curiosité, pourquoi le tapis de billard est-il vert ?

Parce qu’au XIXe, en Angleterre, les messieurs se retrouvaient tous les week-ends à jouer au croquet sur du gazon. A une certaine époque, au début du XIXe, une personne de la royauté aimant jouer au croquet avait des problèmes de reins et de dos. Il a donc demandé à ce qu’on lui mette le jeu à hauteur, d’où le tapis vert rappelant la couleur du gazon. D’ailleurs, pendant longtemps, on a continué de jouer avec des boules, des arceaux et des cannes ! Puis, on a aménagé le jeu pour arriver à celui tel qu’on le connaît aujourd’hui. Toutefois, le tapis, avec l’humidité, présentait des imperfections et c’est pourquoi on a inventé le fer à repasser les tapis de billard, pour obtenir une planéité parfaite. Aujourd’hui, on n’a plus besoin de les repasser car les billards sont munis intérieurement d’une résistance électrique, ce qui fait que le billard est «chauffant» et la feutrine est toujours bien tendue.

Comment pouvons-nous adhérer à l’association PHER ?

« On essaie de répondre
aux demandes des
collectionneurs de fers
à repasser, qu’on
appelle d’ailleurs des
pressophiles ! »
On sollicite une adhésion annuelle de 36€ qui permet de recevoir des les informations sur l’histoire des fers, sur les rencontres qui se réalisent un peu partout en France et à l’étranger (car beaucoup présentent aujourd’hui leur collection). En étant adhérant, vous recevrez 3 bulletins de 50 pages chacun, tout en couleurs, donc 150 pages d’informations. Y figurent également divers avis et informations, des annonces d’adhérents recherchant un type particulier de fers ou encore, d’autres qui en mettent en vente.

Par rapport à la collection, quel est le fer le plus ancien que vous possédez ?

Le plus ancien, qui a été authentifié est un lissoir en verre du IIIe siècle. Cet objet, on peut encore le trouver de temps en temps dans les tombeaux car autrefois, on était souvent enterré avec des objets usuels.

Quand est apparu le premier fer ?

C’étaient les lissoirs : on pense que dans les premiers temps, les gens cherchaient à lisser les peaux de bêtes, à les défroisser. On peut penser que le premier fer à repasser était le poing ; et ensuite on lissait avec des galets. C’était du lissage à froid et ce n’est qu’au VIIIe siècle que la chaleur est utilisée, ce sont les chinois qui ont inventé cela car ils savaient déjà couler ce qu’on appelle des casseroles, magnifiquement décorées avec un long manche. Dans cette casserole, ils mettaient du sable chaud et la repasseuse promenait cette casserole sur la pièce de tissu qui était tendue par deux personnes.

Pouvez-vous nous présenter les différents types de fers qu’il existe ?

repassoir en pierre La variété est grande, mais voici une idée de ce qui a pu exister. Après ce genre de casserole sont apparues des planches à calandrer : ces objets étaient réalisés par des bergers dans la montagne, ils utilisaient un simple rouleau de bois sur lequel était enroulé le linge humide. Avec une planche, ils pressaient sur le linge pour écraser les plis ; c’était donc du travail à froid. Ensuite, on est revenu aux lissoirs en verre mais plus trapus et munis d’une poignée, ce qui était déjà plus facile à utiliser. C’était toujours un travail à froid qui fonctionnait très bien, mais qui était extrêmement long, il fallait avoir du temps ! Au XVIIe - XXVIIIe, on trouve les premiers fers qui ressemblent à ceux que l’on possède actuellement, c’est-à-dire pointus à l’avant avec un talon à l’arrière. Ce sont des fers forgés qui étaient réalisés à la main par le forgeron. Il les façonnait à coups de marteau en passant du feu de la forge à l’enclume et ainsi de suite. C’étaient donc des pièces uniques. Pour les chauffer, on les jetait dans la cheminée et on les récupérait avec une pince et un crochet. On devait nettoyer la semelle car elle était sale, donc c’était tout un travail préalable au repassage. Ensuite, la poignée a été remplacée par une poignée détachable, de fait, il n’y avait que la semelle qui était chaude et cela évitait de se brûler. C’était déjà une évolution, mais par la suite, on a créé des fers à braise. Cette fois, c’était une boite métallique en tôle ou en fonte dans laquelle on déposait la braise : ça évitait de se brûler la main et de salir la semelle. Par contre, les fumées qui s’en dégageaient étaient un réel inconvénient car elles gênaient. Dans cette catégorie, il y a eu des fers de droitières, d’autres de gauchères, avec des cheminées stylisées à l’avant pour canaliser les fumées, avec un tiroir pour récupérer les cendres avec facilité... La variété est immense et intéressante ! fer à lingots Ensuite, la braise a été remplacée par un morceau de métal chaud. On va chauffer dans le foyer de la cheminée des morceaux de métal ayant la forme de la semelle, qu’on appelle lingots, le fer étant creux, on va prendre ces morceaux chauffés que l’on va déposer dans le fer : plus de fumées ni de poussières, moins de risques de brûlures et semelle propre. Les formes des fers vont changer selon les pays et les constructeurs, mais ils conservent ce principe. « Un de mes rêves
serait d’aller visiter
l’atelier du chapelier de
la Reine d’Angleterre.
Si je pouvais le réaliser,
je crois que je serais
heureux comme tout ! »
Plus tard, les foyers charbon arrivent dans les maisons, ainsi, on va trouver les fers plaques qu’on disposait sur le foyer pour être chauffés. La repasseuse dispose toujours de trois fers car au niveau du foyer, il y a des parties plus ou moins chaudes, les fers posés au-dessus du foyer étaient plus chauds que les autres. La repasseuse appréciait la température du fer en l’approchant de sa joue. Je me rappelle ma grand-mère à qui je demandais «Comment tu sais que le fer est à bonne température ?», elle me répondait «Je le sais !». C’était difficile à transmettre, ce n’est pas comme une recette. Les foyers vont disparaître, mais l’électricité s’installe un peu partout, ainsi, on va trouver les premiers fers électriques en France commercialisés par Calor en 1917. Puisqu’on est après la guerre, beaucoup de maisons sont endommagées et le gouvernement et EDF décident de rétablir en priorité l’éclairage, les prises de courant le seront dans un deuxième temps. Le premier fer par Calor a donc au bout de son cordon électrique une douille qu’on venait positionner à la place de la lampe. C’était donc compliqué pour repasser le soir... Dans le courant du XXe siècle, il y a l’électricité mais le gaz aussi, donc il y a eu des fers qui ont été chauffés au gaz de ville ! Ils sont un peu surprenants car ils étaient alimentés par un tuyau souple qui amenait le gaz. Il y a aussi des fers qui utilisaient de l’alcool à brûler, et possédaient donc un réservoir à l’arrière. D’autres ont utilisé l’essence, c’est d’ailleurs la seule catégorie de fers que je n’ai jamais essayée par crainte d’explosion due à une mauvaise manipulation ! (NB : A la suite d’accidents mortels, ces fers ont très vite été retirés du commerce). fer à repasser à essenceLes choses ont évolué, et maintenant, un thermostat permet de régler la température de la semelle en fonction du tissu que l’on souhaite repasser, puis viennent les fers à vapeur et pour finir, il existe les fers à repasser vapeur sans fil. Voilà une rétrospective un peu rapide de l’histoire du fer, mais on pourrait aussi parler des fers de métiers. Vous avez par exemple les fers de tailleurs, qui sont assez lourds. Le tailleur devait assembler plusieurs éléments du vêtement ; ce fer lui permettait simplement d’ouvrir et d’aplatir les coutures. Il lui servait aussi d’enclume car il fendait les boutonnières via des petits coups de burins pour couper le tissu. fer à braise Il existe aussi un fer spécifique aux dentellières et d’autres utilisés par le chapelier, qui ont une forme bien particulière qui est adaptée à celle du chapeau. La modiste va créer des chapeaux pour dames et le chapelier va redonner de la forme aux chapeaux masculins qui sont froissés. On ne dit pas «repasser» un chapeau mais «bichonner» un chapeau ! C’est pourquoi ces fers sont nommés «fers bichons».

Pouvez-vous nous parler de fers un peu «insolites» ?

Alors, nous avons déjà évoqué des fers «insolites» comme celui qui sert à repasser le tapis de billard, mais il y a aussi les instruments utilisés pour défroisser les cravates et les pantalons : ce sont des petites presses que l’on trouvait encore il n’y a pas longtemps dans les chambres d’hôtels aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Autrefois, les gens portaient des cravates et avaient pour habitude, le soir, de l’enlever, de la dénouer. Le lendemain, ils refaisaient le nœud de cravate qui était déjà positionné, ce qui fait qu’il n’y avait qu’une petite partie de la cravate qui était froissée, d’où la création des fers spécifiques à défroisser les cravates. Nous avons aussi les fers de corsetières, qui sont des outils relativement rares : ils se baladaient entre les baleines des corsets.Un fer à repasser à lingots Dans un autre registre, des fers ont été chauffés à l’acétylène ; quand on sait qu’aujourd’hui l’acétylène est d’utilisé par les plombiers, c’était très dangereux de laisser ça à la portée de toutes les mains. Il y a eu aussi des repassoirs façonnés en terre cuite : on y déposait de la braise. C’était pas très pratique car ils étaient fragiles, la semelle n’était pas aussi lisse que celle des fers en fonte ou en fer. Ils étaient vendus à la quincaillerie, on les trouvait enfilés sur des manches à balai et ils étaient vendus à la douzaine ! C’était tellement fragile, et si ça cassait, on en prenait un autre.

Il existe une grande diversité de fers, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

fer à repasser pakistanais Tous les matériaux ont été utilisés : le fer, le verre, le bois (avec les planches à calandrer), la fonte, le bronze, le laiton, la terre cuite... Tous ont été testés et utilisés, en passant par tous les pays. C’est la raison pour laquelle on les appelle parfois « repassoirs », parce que ça ferait bizarre de dire un fer en terre cuite ou en bois ! On a évoqué la chronologie des fers et les fers de métiers, mais on pourrait aussi développer les fers de pays. Ces derniers utilisent les mêmes systèmes de chauffage, des matériaux identiques mais c’est surtout la forme des fers qui varie totalement. Un fer à braise français est tout-à-fait différent d’un fer à braise pakistanais. On explique cela par le fait qu’au Pakistan, encore aujourd’hui, ce sont les hommes qui repassent. De fait, les fers sont beaucoup plus trapus, plus lourds avec une semelle importante. D’autres comme les fers écossais ont eux une forme particulière : une double pointe. D’habitude, le fer a une seule pointe et un talon vers l’arrière. Quand on repasse, on dirige toujours la pointe vers l’avant et pour revenir il faut soulever le fer, le ramener, et repartir à l’avant. Pour éviter d’avoir à soulever le fer, les écossais ont créé la double pointe. En résumé, les fers ne changent pas de matériau mais de forme en fonction du pays.

Quelles sont les précautions à prendre lorsque l’on veut conserver un fer ?

C’est surtout l’air ambiant qui va permettre de conserver le fer en l’état, c’est-à-dire pas d’humidité ! Donc à conserver dans un endroit sec.

Restaurez-vous des fers ?

Oui, cela nous arrive souvent d’avoir une demande d’informations via internet, par exemple, pour connaître la technique à employer pour restaurer un fer rouillé. Nous connaissons les techniques de nettoyage, les produits à utiliser pour que le fer conserve son allure sans avoir des traces d’oxydation.

Peut-on trouver des musées du fers à repasser ?

Il y a des musées où l’on trouve des fers, par exemple à Rouen au musée «Le Secq des Tournelles», qui est en fait le musée du fer, dans le sens du matériau. Parmi des rampes métalliques en fer forgé, des lustres et des portails se trouvent une vingtaine de très beaux fers à repasser. A leur invitation, nous y avions par ailleurs présenté quelques pièces de notre collection.

Revenons à l’association, quelle est sa démarche ? Pourquoi est-il vraiment intéressant d’y adhérer ?

L’association développe tous ces instruments en essayant d’être le plus précis. Parmi nos déplacements, nous évoquons aussi les métiers, le but étant de ne pas nous cantonner aux fers. On a toute une série de machines à laver montrant leur évolution ainsi que celle des produits utilisés pour la lessive : la cendre de bois était tamisée et utilisée comme produit lavant, le bleu était dilué dans l’eau pour que le linge soit plus blanc, il y a l’amidonnage ... Tant qu'il y aura du lingeEn parlant d’amidonnage, il y avait dans les fers de métiers, des fers à glacer, leur semelle est boursouflée, marquée de rainures ou de croisillons. On voit dans les films anciens les cols rigides et les manchettes qui rendaient ces messieurs si élégants ! En fait, ces fers servaient à glacer le col, le plastron et les manchettes. Nous sommes très fiers de pouvoir présenter l’une des plus belles collections de fers à glacer en France. Je vais d’ailleurs les emmener en Allemagne en octobre, car, tout comme il existe des congrès internationaux de cardiologie, il existe un congrès mondial des collectionneurs de fers à repasser, et les collectionneurs se réunissent tous les 3 ans dans un pays différent. Notre passion, ce n’est pas seulement d’avoir des fers mais c’est aussi de les présenter dans diverses expositions. PHER, ce n’est pas que du fer car, comme dit précédemment, nous développons le lavage, le matériel utilisé par le fondeur, le chapelier. Par ailleurs, nous avons notre propre matériel muséographique et nous avons même écrit un livre sur l’histoire du fer à repasser ! Nous l’avons proposé au Furet du Nord à Valenciennes, mais il a très vite été épuisé. On en a refait un tirage mais il n’est diffusé que par l’association. Nous commençons à parler du lavage, des produits qui étaient utilisées et nous finissons par la chronologie du fer, et les fers spéciaux.

Que pouvez-vous dire aux personnes qui hésitent à collectionner des fers à repasser ?

J’aurais comme argument que le fer à repasser a toute une histoire, ce n’est pas seulement celui que l’on a connu à une certaine époque. De plus, certaines pièces sont de véritables œuvres d’art ! Je crois vraiment qu’il est intéressant de se pencher sur la question.

Nous pensons que les gens passionnés sont passionnants, c’est avec enthousiasme que vous avez su nous le montrer. Un grand merci pour votre confiance, votre savoir et votre patience. Nous croyons dur comme fer que votre association suscitera l’intérêt chez nos lecteurs...

Propos recueillis par Léo Brémont et retranscrits par Morgane Estavoyer.

Échange avec Jean-Pierre Lenski

Le pressophile est le collectionneur du monde du fer à repasser. Qu'il soit à braises, à essence, de voyance, électrique ou autre, le fer à repasser, objet intemporel, fait l'objet de nombreuses collections. Si vous êtes collectionneur de fers à repasser, venez nous en dire plus dans cette catégorie.
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Bartas
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Échange avec Jean-Pierre Lenski

Message par Bartas » jeu. 26 juil. 2018 13:05

Échange avec Jean-Pierre Lenski, collectionneur de fers à repasser.

N'hésitez pas à lui poser vos questions directement ci-dessous. ;) 


Sujet remonté par Bartas le jeu. 26 juil. 2018 13:05.

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